Le prince héritier cherchait depuis des années une jeune femme aux jambes parfaites et soumettait chaque prétendante à une mystérieuse épreuve. Lorsque vint le tour d’une jeune femme aux formes généreuses, les courtisans eurent toutes les peines du monde à retenir leurs rires.

INSPIRATION

Le prince héritier cherchait depuis des années une jeune femme aux jambes parfaites et soumettait chaque prétendante à une mystérieuse épreuve. Lorsque vint le tour d’une jeune femme aux formes généreuses, les courtisans eurent toutes les peines du monde à retenir leurs rires.

Mais le résultat du test fut si inattendu que le prince se leva de son trône pour la première fois depuis le début de la sélection. 😧

Pour la troisième année consécutive, une étrange sélection de futures épouses se déroulait au palais royal.

Le prince Alexandre était l’unique héritier du trône, et le roi et la reine insistaient depuis longtemps pour qu’il choisisse enfin une épouse. Les filles des familles nobles, des princesses étrangères et des jeunes femmes réputées pour leur beauté affluaient au palais.

Cependant, le prince avait une exigence pour le moins inhabituelle.

— Ma future épouse doit avoir des jambes parfaites, déclarait-il à tous ceux qui tentaient de comprendre la raison de ses refus incessants.

Au début, les courtisans pensaient qu’il s’agissait d’un nouveau caprice du jeune héritier. Mais, peu de temps après, Alexandre ordonna la fabrication d’un mystérieux dispositif en bois poli et en laiton. Celui-ci était composé de deux sections verticales munies de fines échelles de mesure et de plaques mobiles sensibles.

Chaque jeune femme devait se placer à l’intérieur de l’appareil et rester immobile pendant quelques secondes.

Le prince gardait secrète la véritable fonction de cet étrange mécanisme.

Les prétendantes se préparaient à l’épreuve pendant des semaines. Elles consultaient les meilleurs professeurs de maintien, s’entraînaient pendant des heures à marcher dans les couloirs du palais et commandaient des chaussures qui donnaient l’illusion de jambes plus longues.

Mais tous leurs efforts se terminaient de la même manière.

Alexandre examinait les mesures, fronçait légèrement les sourcils et prononçait toujours les mêmes mots :

— La suivante.

En trois ans, des centaines de jeunes femmes s’étaient présentées devant lui, mais aucune n’avait réussi l’épreuve comme il l’espérait.

Un jour, une nouvelle sélection fut annoncée au palais. L’immense salle se remplit du bruissement des robes luxueuses, du tintement des bijoux et des murmures des invités. Des gardes royaux se tenaient le long des murs, tandis qu’un vieil inventeur de la cour, nommé Victor, s’affairait près du mystérieux appareil.

C’est alors qu’apparut, au bout de la file, une jeune femme qui se distinguait nettement des autres.

Elle s’appelait Sofia. Elle était petite, avait des formes généreuses et portait une simple robe rouge foncé. Elle ne portait aucun bijou coûteux et ses cheveux étaient rassemblés en une tresse ordinaire.

Dès que les autres prétendantes la remarquèrent, des ricanements parcoururent la salle.

— Elle aussi espère devenir princesse ? murmura l’une des jeunes femmes.

— Je me demande comment elle compte seulement entrer dans cet appareil ! ricana une autre.

Sofia entendait les moqueries, mais continuait tranquillement à attendre son tour. Elle ne cherchait pas à se justifier et ne baissait pas les yeux.

Lorsqu’arriva enfin son tour, l’inventeur Victor contempla la jeune femme avec perplexité.

— Mademoiselle, êtes-vous certaine de vouloir essayer ? L’appareil est assez étroit, et je ne voudrais pas que vous vous blessiez accidentellement.

Une nouvelle vague de rires éclata dans la foule.

Sofia regarda le vieil homme droit dans les yeux.

— Si cette épreuve est ouverte à toutes, je souhaite la passer dans les mêmes conditions que les autres.

Ces paroles poussèrent Alexandre à lever les yeux de ses documents. Jusqu’alors, il avait à peine prêté attention à ce qui se passait, convaincu que cette nouvelle prétendante allait bientôt entendre le refus habituel.

— Laissez-la essayer, ordonna-t-il soudain.

Un silence s’abattit sur la salle.

Sofia s’approcha de l’appareil et se plaça prudemment entre les deux sections étroites. Victor vérifia la position des plaques métalliques, puis mit le mécanisme en marche.

Durant la première seconde, rien ne se produisit.

Puis une aiguille oscilla brusquement. Une deuxième se mit à bouger, et un étrange déclic retentit à l’intérieur de la structure en bois.

Les rires cessèrent instantanément.

Victor pâlit et vérifia plusieurs fois les mesures, comme s’il refusait de croire ce qu’il voyait.

Alexandre se leva lentement de son trône.

En toutes ces années de sélection, il ne s’était jamais levé pour une seule prétendante.

— Arrêtez l’épreuve, ordonna-t-il. Et apportez-moi immédiatement les dossiers des tests précédents.

Le prince regarda Sofia comme s’il découvrait pour la première fois non pas une simple prétendante, mais une personne capable de bouleverser tout ce en quoi il avait toujours cru.

Mais le plus incroyable, c’était que le mystérieux appareil venait de révéler quelque chose dont personne au palais n’avait jamais soupçonné l’existence…

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Lorsque le prince Alexandre ordonna d’apporter les dossiers des précédentes épreuves, un silence si profond envahit la salle qu’on pouvait entendre les bougies crépiter dans les chandeliers d’argent.

Sofia se tenait toujours à l’intérieur de l’appareil, sans comprendre pourquoi tout le monde avait soudain cessé de rire. Elle recula prudemment d’un pas, mais le vieil inventeur Victor leva la main.

— Je vous en prie, ne bougez pas. Je dois vérifier un dernier détail.

Il ouvrit un petit couvercle métallique à la base de l’appareil et en sortit une fine plaque gravée de chiffres. En la voyant, le prince pâlit brusquement.

— C’est impossible… murmura-t-il.

Une dame de la cour ne put retenir sa curiosité.

— Votre Altesse, que signifie tout cela ? La jeune femme a-t-elle réellement réussi l’épreuve ?

Alexandre ne répondit pas. Il s’approcha de l’appareil, se pencha et examina attentivement les mesures.

— Victor, expliquez à tout le monde ce qui vient de se passer.

Le vieil homme se redressa et se tourna vers l’assemblée.

— Toutes ces années, vous avez cru que le prince cherchait une femme possédant une certaine forme de jambes. Mais c’est faux. Cet appareil n’a jamais été conçu pour évaluer la beauté physique.

Un murmure de stupeur parcourut la salle.

— Alors, que mesure-t-il ? demanda l’une des prétendantes.

Victor posa la plaque sur un support recouvert de velours.

— L’équilibre, la répartition naturelle du poids et la stabilité des mouvements. Mais surtout, il mesure une symétrie particulière qu’il est impossible de reproduire grâce à des chaussures, à une bonne posture ou à quelques semaines d’entraînement.

Le prince serra les poings.

— Continuez.

— Votre père a ordonné la création de ce mécanisme il y a de nombreuses années, expliqua l’inventeur. Il voulait que la future reine puisse accompagner l’héritier lors de longs voyages dans les provinces montagneuses du royaume. Mais après sa mort, cette épreuve est devenue tout autre chose. Les prétendantes ont commencé à croire qu’il s’agissait de beauté, et vous ne leur avez jamais expliqué le véritable objectif.

Alexandre baissa les yeux. Il savait que le vieil homme disait la vérité, mais il existait une autre raison pour laquelle le prince poursuivait cette sélection.

Une raison qu’il n’avait révélée même à ses plus proches conseillers.

— Et pourquoi elle, précisément ? s’écria une jeune femme vêtue d’une robe bleue. Voulez-vous nous faire croire que nous sommes toutes moins bien qu’elle ?

Victor secoua la tête.

— Non. Chacune d’entre vous a passé l’épreuve, et certaines ont obtenu d’excellents résultats. Mais aujourd’hui, pour la première fois dans toute l’histoire de cet appareil, les deux échelles se sont alignées exactement sur les repères tracés lors de sa fabrication.

Il désigna deux fines lignes dorées.

— Ces mesures étaient considérées comme impossibles à atteindre.

Sofia prit enfin la parole :

— Excusez-moi, mais je n’ai rien fait de particulier. Je me suis simplement tenue comme je me sentais à l’aise.

— C’est précisément là que réside la différence, répondit Victor. Les autres ont essayé de se transformer pour satisfaire l’appareil. Vous, vous n’avez pas cherché à paraître quelqu’un d’autre.

Le prince observa longuement la jeune femme.

— Sofia, qui vous a appris à garder votre équilibre de cette manière ?

Elle cligna des yeux, surprise.

— Ma mère. Elle était guérisseuse dans un petit village. Quand j’étais enfant, elle m’emmenait souvent avec elle pour soigner des malades dans les montagnes. Les chemins étaient étroits et rocailleux, alors elle m’apprenait à bien répartir mon poids et à ne pas avoir peur des terrains irréguliers.

À ces mots, Victor lâcha soudain la plaque qu’il tenait dans ses mains.

— Comment avez-vous dit que votre mère s’appelait ?

— Elena Maren. Elle est morte il y a cinq ans.

Le vieil homme pâlit encore davantage.

Il se tourna lentement vers le prince.

— Votre Altesse… Je comprends maintenant pourquoi l’appareil a donné exactement ces résultats.

Alexandre s’approcha de lui.

— Vous connaissiez sa mère ?

— Oui. Et je crois que c’est précisément pour cette raison que nous n’avons jamais réussi à trouver la bonne épouse.

Victor expliqua qu’Elena Maren avait travaillé à la cour royale de nombreuses années auparavant. Elle avait participé à la création du système de mesure destiné à la future épreuve, mais, à la suite d’une mystérieuse accusation de vol de documents royaux, elle avait été contrainte de quitter le palais.

Son nom avait été interdit à la cour sur ordre du roi, et tous les documents concernant son travail avaient été dissimulés dans les archives royales.

Sofia écoutait, incapable de croire ce qu’elle entendait.

— Ma mère ne m’a jamais parlé de tout cela.

Alexandre se tourna vers le chef de la garde.

— Ouvrez les archives royales. Je veux consulter tous les documents liés à Elena Maren.

Puis il regarda de nouveau Sofia.

— Aujourd’hui, vous n’avez pas seulement réussi une épreuve. Vous m’avez forcé à remettre en question tout ce qu’on m’a appris.

Mais lorsque le garde revint des archives, il n’apportait pas uniquement de vieux documents.

Il tenait dans ses mains une enveloppe scellée du sceau royal, sur laquelle était inscrit le nom de Sofia.

En dessous se trouvait une courte note signée par le roi défunt :

« Si un jour la fille d’Elena Maren se présente au palais, conduisez-la immédiatement auprès de moi… même si je ne suis plus en vie. »

Sofia sentit ses doigts devenir glacés.

Pourquoi sa mère avait-elle caché son passé ? Quel lien unissait sa famille à la dynastie royale ? Et pourquoi le roi défunt avait-il laissé une instruction susceptible de bouleverser le destin de tout le royaume ?

Alexandre brisa le sceau, ouvrit l’enveloppe et commença à lire.

Dès les deux premières lignes, son expression changea.

— Non… murmura-t-il. Cela signifie donc que, depuis tout ce temps, le véritable héritier…

Il s’interrompit brusquement et leva les yeux vers Sofia.

Les mots qu’il s’apprêtait à prononcer risquaient de lui faire perdre sa couronne.

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